Une "Doyenne", un homme : Daniel Martin

Au terme de 261 longs kilomètres de course vallonnée, l'irlandais Daniel Martin a montré que cette année était celle des outsiders. Après les vainqueurs surprises de la Flèche Wallonne, et de l'Amstel Gold Race, que furent Daniel Moreno et Roman Kreuziger, un autre, tout aussi inattendu est venu marquer de sa patte l'histoire de la Doyenne : Daniel Martin.

Vingt-quatre ans après la légende du sprint Sean Kelly, Daniel Martin, irlandais, a coiffé à 500 mètres de l'arrivée, Joaquin Rodriguez, alias « Purito » pour s'imposer seul en cette 99ème édition de Liège-Bastogne-Liège. De nombreux « aficionados » du cyclisme auraient parié pour Philippe Gilbert, le champion du monde, ou encore Vincenzo Nibali, tout frais vainqueur du Tour de Trentin. C'est donc tout naturellement que ces hommes-là étaient surveillés comme le lait sur le feu, négligeant peut-être d'autres menaces, dans ces courses d'un jour durant lesquelles tout peut arriver. Le neveu de Stephen Roche l'avait bien compris, d'autres également ...

Une échappée opportuniste, Gilbert déchu

C'est dans cette optique là que les échappées sortent du peloton, jouant crânement leur chance, ne se faisant pas prier. Ces opportunistes étaient au nombre de six. Rattrapés à 36km de l'arrivée, ayant pris jusqu'à 14 minutes d'avance sur le peloton à l'apogée de leur fuite, ils n'étaient qu'un avant goût de ce qui allait se produire dans le final. En effet, cette course était « bloquée, bridée » disait Philippe Gilbert, évidemment déçu de n'avoir pu réitérer son exploit de 2011 : s'imposer devant les belges. Devant son public, il reconnaît lui même, « il me manquait quelques % pour être parmi les meilleurs ». Sa 7ème place l'atteste. Cette place est tout de même honorable quand on connaît la difficulté et la douleur que provoque les derniers kilomètres de la 3ème classique ardennaise. Phil, pour ses supporters, était pourtant des 20 derniers survivants au tournant majeur de cet éprouvant marathon.

Un tournant majeur

Un grand fait de course bouleversa les certitudes et changea l'issue imaginée par les puncheurs : un sprint massif. Aidés par une chute à 6km de l'arrivée, les Gerrans, Valverde, Martin, Rodriguez, ou en Vaugrenard ont senti la pression monter. Une vingtaine de coureurs pour seulement trois places sur le podium et une seule pour glaner le fameux Graal. Ces derniers coureurs étaient déjà délestés d'un poids important. Assurément, cette chute hypothéqua les chances de nombreux favoris parmi lesquels figurait Daniel Moreno. La suite de l'histoire se joua à peu de choses. Elle prit son envol grâce à une attaque magistrale de « Purito ». Daniel Martin s'accrocha et le rattrapa. Pris à son propre jeu, Rodriguez se fit déposer par le neveu de Stephen Roche dans les ultimes hectomètres. Alejandro Valverde complète le podium. 5ème l'an passé, Dan, coureur de Garmin-Sharp, et vainqueur cette année du Tour de Catalogne peut ajouter ce monument du cyclisme à son palmarès. Qui sait ? Peut-être aura-il un jour autant de trophées que Cancellara ? Sa réaction d'après course laisse à penser qu'aujourd'hui il était le plus fort. Était-ce du bluff ?

Le victorieux homme commence par dire « Je ne réalise pas ». Un classique me direz vous. Pourtant, la suite devient unique, car chaque coureur a une façon différente d'exprimer sa joie. « Je pensais que j'avais les jambes pour gagner » disait-il. Cependant, il reconnaissait que seul « un travail énorme toute la journée » l'a mené au succès. Questionné sur son « feeling » dans les derniers kilomètres, il admet volontiers s'être vu au-dessus de ses adversaires directs « J'ai vu qu'ils n'avaient rien et qu'ils étaient vidés ». Il a ensuite récité ses gammes et l'histoire s'est écrite. Terminant son interview à RTBF, le courageux irlandais se rend tout de même compte « je commence à avoir un beau palmarès ». Remportera-il aussi la 100ème de cette course mythique qu'est Liège-Bastogne-Liège l'an prochain ?

Avant toute chose, le Giro, la Vuelta, et le Tour de France ( la 100ème) l'attendent de pied ferme.Prendre du plaisir est la base du sport, tant pour les coureurs que pour les supporters. Simplement vivre le sport et donner le meilleur de soi-même reste la priorité priorité des sportifs. Il y a toujours un heureux et des déçus. En ce jour, l'heureux est Daniel Martin.

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