François Trillo commente pour voir du beau rugby

Cette fois-ci c'est François Trillo qui anime une émission Les Spécialistes Rugby chaque vendredi soir sur Canal+Sport et qui commente le match de Top 14 du samedi soir qui s'est livré à nous pour tenter d'en découvrir un peu plus sur lui...

Quel a été votre parcours ?

J’ai un parcours plutôt atypique parce que je n’ai pas fait d’école de journalisme à proprement parler. J’ai étudié à Sciences Po Bordeaux, j’ai eu une maîtrise de sciences politiques, un troisième cycle à Sup de Co Paris et je suis parti faire mon service militaire au Mexique. Pendant mes études, j’ai fait des stages dans la presse écrite et en télévision. Parallèlement je jouais au rugby, et ça m’a permis d’avoir quelques contacts pour faire des stages comme ça et d’avoir le regard aussi de l’autre côté des médias. Ce qui m’a permis d’avoir la connaissance de ce milieu-là.

Est-ce que le journalisme a été une vocation donc ou une reconversion ?

On ne peut pas parler de reconversion car j’ai connu « le rugby d’avant », cela ne m’a jamais traversé l’idée d’en faire un métier. J’ai même arrêté quand c’est devenu professionnel car je n’avais pas envie de faire que ça. Le journalisme, ce n’était pas une vocation, c’était un rêve, qui me semblait inaccessible vu de ma province. Je n’y croyais pas jusqu’au jour où je me suis dit qu’il fallait y croire.

Comment êtes-vous arrivé ensuite à Canal+ ?

Je n’y suis pas arrivé du jour au lendemain. J’ai construit le parcours à base de stages, de piges et de débrouille, avec des collaborations : je suis resté quatre ans et demi dans le groupe NRJ, je pigeais pour France Télévisions. Ça a été six ans de parcours comme ça avant d’être en contact avec Canal+ et Thierry Gilardi pour y rentrer en 2000.

Vous commentez les matchs du samedi soir mais le vendredi soir vous animez l’émission « Les Spécialistes Rugby ». Comment les gérez-vous ?

Je n’ai pas la prétention de dire que je les gère parce que certains sont ingérables, si vous voyez à qui je fais allusion, un qui a les cheveux blancs et qui s’appelle JPE… C’est tout bonnement la gestion et la réunion de gens passionnés. Ils essaient de coller à ce qu’ils sont dans la réalité : être le plus authentique possible. Pour prendre l’exemple de Jean-Pierre (Elissalde, NDLR), il est conforme à ce qu’il est dans la vie : il dit toujours non quand les autres disent oui, il dit toujours que les questions ne sont pas bonnes même quand ils les trouvent bonnes. Je navigue entre tout ça, en essayant d’être dans le concept de cette émission, entre infos et bonne humeur.

François Trillo commente pour voir du beau rugby

Est-ce qu’en cabine, lors d’un match, vous avez un consultant avec qui ça passe mieux qu’avec les autres ?

Non parce que ce qui est sympa c’est que je change souvent, je n’en ai pas un d’attitré, je ne vis pas en couple. Je suis plus dans l’accompagnement, je les forme pour les livrer au Graal qu’est le match avec Eric Bayle. On essaie de passer un bon moment, on essaie de passer le bon moment qu’on essaie de passer dans le canapé avec des potes. On met bien sûr les codes du métier, il n’y a pas de vulgarité ; on essaie de faire les choses proprement mais on essaie de retranscrire cette ambiance-là.

Comment arrivez-vous à jongler entre commenter un match pourri et un match extraordinaire pour que la qualité des commentaires soit la même ?

C’est une bonne question… C’est vrai qu’il y a des matchs où parfois c’est difficile. Quand on démarre dans ce métier-là, c’est très difficile, et plus le temps passe, et plus on a l’habitude, et plus on a des ficelles et ça devient de moins en moins difficile. Ce n’est pas forcément très agréable, c’est vrai que malgré tout que de commenter un 9-6 ou un 6-3, on ne se régale pas, mais aussi ça fait partie du rugby d’avoir des matchs en hiver, d’avoir des matchs qui sont âpres, des matchs qui sont un peu cadenassés.

François Trillo commente pour voir du beau rugby

Vous êtes bordelais. Certains supporters que cela soit de n’importe quel club de Top 14 vous reprochent d’être peut-être chauvin mais du moins un peu en faveur d’une équipe évoluant avec un maillot blanc et bordeaux de Gironde. Que leur répondez-vous ?

J’ai joué aussi au Stade Français… Ça ne veut rien dire, c’est un reproche qu’on nous fait à tous. Quand on va à Clermont, on est anti-Clermont ; même des bordelais me disent que je suis anti-bèglais. Ça n’a pas de sens : c’est la passion que mettent les supporters dans le soutien de leur équipe qui les font analyser les choses comme ça. C’est sûr qu’au match aller il y a eu 59 à 7 (Bordeaux-Castres, NDLR) dans un stade Chaban-Delmas en fusion, ça aurait été Montélimar je me serais enflammé tout autant. C’est parce que j’avais vu un beau match de rugby avec une équipe de Bordeaux qui jouait plutôt bien au rugby ce jour-là.

Même si vous pouvez avoir un léger penchant pour une équipe de cœur, comment vous gérez cela ?

Si on est sérieux, je refuse qu’on me dise que je suis chauvin ou partisan, parce que c’est faux. Il y a un truc qui m’intéresse : c’est de voir des équipes qui jouent bien au rugby. Je trouve que ces derniers mois, oui, l’UBB joue bien, que Montpellier joue bien au rugby, que le Stade Français joue bien au rugby, que Clermont joue bien au rugby. Castres joue bien au rugby mais pas toujours, notamment les saisons antérieures il y avait un côté un peu caméléon qui n’était pas toujours très spectaculaire. Je pense qu’il y a des gens aujourd’hui qui préfèrent voir certaines équipes que d’autres. Quand on voit Toulon, on est tous fans de Toulon : je suis fan de Toulon, je m’enflamme pour voir Toulon avec des stars et des mecs qui réussissent à allier prouesses techniques et vitesse d’exécution. Ce côté partisan je le rejette totalement.

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