Photo : Twitter @Nicogeay

Journaliste sportif pour France télévision, Nicolas Geay a pour habitude d'être sur une moto, à côté des coureurs lors des principales courses cyclistes du calendrier. Il prépare également des reportages pour la chaîne et côtoie de ce fait les champions hors compétition. Il nous donne son avis sur la saison 2014 de nos Français et le pourquoi de cette réussite.

Les Jeunes Journalistes : Vous qui les suivez tout au long de l'année, quel bilan tirez-vous de la saison de nos Français ?

Nicolas Geay : C'est bien entendu un très bon bilan. La saison est excellente. Malheureusement, on ne vas retenir que le Tour de France mais c'est un bon exemple. On sentait que nos coureurs pouvaient faire quelque chose mais de la à finir deuxième, troisième et sixième avec en prime des succès d'étapes et le port du maillot jaune, c'est exceptionnel.

Alors certes, Contador et Froome ont abandonné mais j'ai envie de dire les absents ont toujours tort. Pour Thibaut Pinot, que j'ai particulièrement suivi cette année c'est une juste récompense au vu du travail qu'il a effectué. Lui et Bardet sont les deux vrais confirmations. Thibaut, c'est la classe à l'état pur, un talent brut. Il a réalisé de gros progrès notamment en contre-la-montre et en descente. Pour Bardet, c'était son deuxième Tour et même s'il a fait quelques erreurs (comme avoir son pic de forme au Dauphiné par exemple) il finit sixième à seulement deux secondes de Van Garderen. Ils ont fait le plus dur, confirmer.

On parle beaucoup des jeunes mais ce qu'a fait Jean-Christophe Péraud est encore plus marquant. Tout a marché pour lui sur ce Tour, la malchance l'a enfin épargné. Il fait deux de la plus grande course cycliste du monde, à trente-sept ans. C'est celui qui se fait le plus mal sur son vélo. J'en viens au sprint, là encore on a deux pépites avec Bouhanni et Démare. D'après moi, Nacer fait partie des trois meilleurs mondiaux dans cet exercice. C'est un gagneur et il sait mener ses sprints. Avec Démare, on a un profil un peu différent, plus passe partout. L'un des deux gagnera sur le Tour en 2015. Par contre, niveau classique on est un cran en-dessous. Ce n'est pas encore totalement ça, il manque un petit quelque chose mais Gallopin est un leader d'avenir.

Si vous deviez ressortir un moment fort de la saison des bleus, lequel choisiriez-vous ?

Je vais peut-être paraître un peu égoïste mais je dirais celui que j'ai vécu le 26 juillet. On était en direct sur France télé lorsque j'annonce à « Jicé »(Peraud) que Pinot ne le bat pas et qu'il termine deuxième du Tour de France. C'est un mec charmant et humble. Il a fondu en larmes pendant l'interview juste après la ligne d'arrivée. C'est un souvenir très fort, une grande émotion.

La France a mis beaucoup de temps à revenir dans les hauteurs des classements. Ne récolte-t-elle pas aujourd'hui des fruits de la lutte contre le dopage ?

Bien sûr. Elle récolte de deux choses. Le vélo va mieux surtout après les affaires Festina et Armstrong et ça se voit dans les résultats. Grâce au MPCC (mouvement pour un cyclisme crédible) ou encore le passeport biologique, le cyclisme souffre moins. A Hautacam, Thibaut aurait fini à 3'30 de Riis en 1996. C'est un signe qui ne trompe pas. Tout n'est pas parfait et on le voit avec Astana en ce moment mais il y a moins de dopage et ça aide. Et puis, le travail paie. L'an passé, j'ai vu Pinot se rendre sur une piste dès novembre pour y améliorer sa position en contre-la-montre. Bouhanni a fait beaucoup de derrière scooter. Ça n'a plus rien à voir avec ce qui se faisait avant. Notre cyclisme n'a plus rien à envier aux autres. Les clés de la réussite ? un vélo qui va mieux et du travail.

Gérard Guillaume, le médecin de l'équipe FDJ.fr, celle de Pinot, Bouhanni et Démare disait après le Tour de France que cette génération n'était pas meilleure que la précédente, mais qu'elle bénéficiait d'un meilleur environnement. Êtes-vous d'accord avec ces propos ?

Complètement d'accord. Ces garçons arrivent au meilleur moment. La génération précédente n'était pas moins talentueuse, elle est juste mal tombée. Quand tu vois Sandy Casar finir six d'un Giro où les cinq de devant sont soit tombés pour dopage, soit suspectés...tu te dis qu'il aurait dû le gagner. Pareil pour Moncoutié, treizième du Tour derrière des Armstrong, Mancebo ou autres... Je pourrais aussi citer des noms moins parlant comme Jean-Cyril Robin dont la carrière a été détruite par Armstrong car lui militait pour un cyclisme propre. Encore une fois le cyclisme se porte mieux, même qu'en 2010 ou 2011. On ne voit plus des gars attaquer six ou sept fois d'affilées de manière surhumaine. Le niveau est plus équitable.

Entraineur des juniors de 1988 à 2004, puis des espoirs de 2005 à 2011 et aujourd'hui sélectionneur des élites, quelle part peut-on attribuer à Bernard Bourreau dans la réussite de nos jeunes ?

Je serais prudent concernant Bernard car ce sont d'abord les équipes de marques qui aident les coureurs. Bernard les accompagne, il les connaît par cœur mais ne les a pas toute l'année. Sans faire offense au très bon travail qu'il réalise, je pense plus que ce sont les clubs formateurs comme le CC Etupes ou Nogent qui sont très bénéfiques pour eux. On peut aussi parler des centres de formation comme celui d'AG2R (Le Chambéry cyclisme formation).

Doit-on forcément partir à l'étranger comme l'a fait récemment Warren Barguil pour s'imposer au très haut niveau ?

Il n'y a pas UNE vérité. Pinot et Bardet ont fait leur place au sein d'une équipe française et sont considérés comme des leaders alors qu'ils n'ont pas encore vingt-cinq ans. Warren, c'est autre chose. Il est jeune mais il doit très vite courir le Tour. Pour moi, il fait partie des trois Français capables de finir sur le podium du Tour avec Pinot (qui l'a déjà fait) et Bardet. On le sait, Giant est une équipe tournée vers le sprint, on l'a encore vu en juillet (Le team a préféré emmener la futur lanterne rouge Cheng Ji pour épauler Kittel plutôt que Barguil). Partir à l'étranger, ça peut-être intéressant pour la culture, le développement mais c'est à double tranchant. A Cofidis ou Europcar, il ferait les plus grandes courses avec un rôle plus important. S'il ne fait pas le Tour en 2015, il devrait songer à partir.

Dernière question, dans combien de temps un Français défilera en jaune sur les Champs-Elysées ?

J'en ai justement discuté avec Peraud il y a quelques semaines et on a la même analyse. Tant que Quintana sera présent et à 100%, ce sera très compliqué de le battre. C'est mon favori dès 2015. Lui, Froome, Contador et Nibali sont encore largement au-dessus. Toutefois, je pense qu'un Français peut le gagner dans les quatre prochaines années mais pour cela il faudra bénéficier de circonstances parfaites, comme cette année. Mais rappelez-vous de Froome à 25 ans. Il n'avait rien montré, pas de palmarès et trois ans après il remporte le Tour. Ils devront oser, continuer à progresser. La concurrence est bonne, je n'oublie pas les espoirs étrangers comme Aru et Van Garderen.

Je le redis, ils n'ont rien de moins que les autres. Ce sont des garçons intelligents qui vont réussir.

 

 

 

 

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