Alberto Contador (en fluo) et Vincenzo Nibali (en jaune) lors de l'arrivée de la 8è étape du Tour de France 2014 à Gerardmer. Crédits : sky sports

On met son dossard et on repart ! Les trente-sept équipes du peloton professionnel sont au départ pour une nouvelle saison pleine d'espoirs et de questions. L'attente est grande. Certains veulent se racheter d'une saison 2014 décevante, d'autres voudront confirmer, gagner ou se révéler, mais à l'heure actuelle, personne ne peut prédire ce qu'il va se passer au cours des dix mois qui viennent. Nous avons trouvé dix attractions qui nous font languir d'avance.

Contador - Sagan : Duo de feu et de glace

Oleg Tinkov, patron du groupe Tinkoff (Brasserie et banque en ligne) en rêvait publiquement depuis plusieurs mois et il y est parvenu. Le milliardaire russe a réuni dans son équipe le sextuple vainqueur de Grand Tour, l'Espagnol Alberto Contador et le triple maillot vert du Tour de France Peter Sagan. Contador et Sagan sous les mêmes couleurs, de quoi laisser présager de belles choses à condition qu'ils ne se roulent pas dessus. "Nous sommes parfaitement compatibles. Ensemble, nous permettrons à Tinkoff-Saxo de jouer un rôle dans toutes les courses au calendrier" réagissait Contador après l'officialisation du transfert de son nouvel équipier. Tout devrait bien se passer en début de saison, étant donné que les objectifs de chacun ne se superposent pas. Contador voudra monter en puissance jusqu'au Tour d'Italie tandis que le jeune Slovaque de vingt-quatre ans sera concentré sur les courses d'un jour (San Rémo et les flandriennes). En revanche, quand les chaleurs de l'été se feront ressentir à l'aube du départ d'un cent-deuxième Tour de France que les deux coureurs ont coché comme objectif majeur de la saison, qu'adviendra-t-il de leur si beau duo ? Et dans une Dream Team composée également (entre autres) d'Ivan Basso, de Michael Rogers, de Roman Kreuziger et de la nouvelle bombe du cyclisme polonais Rafal Majka, la cohabitation pourrait s'avérer difficile. On attendra que les hommes dirigés par Bjarne Riis nous donnent des réponses là où bien d'autres (Léopard Trek en 2011) se sont cassés les dents, c'est-à-dire sur la route. Après tout, la seule vérité n'est-elle pas celle du terrain ? Et le terrain en cyclisme, c'est le bitume.

2015, l'année Quintana ?

Et si l'année 2015 marquait l'avènement de Nairo Quintana ? Le jeune Colombien revient revanchard en ce début d'année après une fracture de l'omoplate qui l'a éloigné des routes pendant près de quatre mois. En 2014, l'équipe Movistar avait pris soin de répartir le rôle de leader sur chaque Grand Tour, en l'occurrence Quintana visait le doublé Giro-Vuelta et Valverde se concentrait sur le Tour. Nairo a remporté le Tour d'Italie avant d'abandonner un Tour d'Espagne dont il était le leader. L'échec de Valverde dans sa quête de podium sur le Tour de France (4è) ont changé les responsabilités au sein du Team Movistar. Pour 2015, le Colombien ambitionne de gagner le Tour et l'Espagnol espère accrocher une deuxième Vuelta après 2009. Quintana, qui a déjà repris cette saison (3è du Tour de San Luis en Argentine), se verrait bien devenir le premier Colombien à défiler tout de jaune vêtu sur les Champs-Élysées à la fin du mois de juillet. "Aujourd'hui, je suis devenu mature. J'ai appris à prendre des décisions, je suis capable de diriger mon équipe et d'assumer un statut de leader" confiait-il à la presse en Argentine. La pression ne semble pas submerger celui que beaucoup voit comme le principal favori d'un Tour montagneux où il n'y aura qu'un seul contre-la-montre individuel et d'une courte distance (13 kilomètres). Un an et demi après s'être révélé aux yeux du grand public lors du Tour 2013, Quintana apparaît comme le meilleur coureur de sa génération, celui qui dominera la décennie comme l'ont fait récemment Contador ou Armstrong (avant les épisodes que vous connaissez)... A lui de confirmer de manière définitive tout le bien que l'on pense de lui.

Nibali ne veut plus être contesté

2014 lui a réservé une place dans la très grande histoire du cyclisme, mais le plus dur arrive pour le Sicilien qui va désormais devoir défendre son titre sur le Tour de France. Rappelons que personne depuis la fin du règne de Miguel Indurain (1995) n'a réussi à le remporter deux fois de suite. Par conséquent, c'est un exploit que le requin de Messine devra réaliser dans six mois s'il veut ne plus souffrir des contestations sportives dont il fait l'objet. Les circonstances favorables dont il a bénéficié sur le Tour avec les abandons de Froome et Contador ont malheureusement atténuées sa performance aux yeux des spectateurs. S'il a prouvé par la passé qu'il était bien de cette trempe, celle des meilleurs coureurs du monde sur trois semaines en remportant les deux autres Grand Tour (Vuelta 2010 puis Giro 2013), l'Italien nourrit toujours autant les critiques à son égard. De plus, les histoires de dopage dans lesquelles ont été impliqués quatre de ses coéquipiers du Team Astana cet hiver ne l'ont pas aidé à faire taire ses détracteurs. Cette année, la tournure des évènements sera différente et face à Froome, Contador, Quintana et les autres, le champion d'Italie tentera de démontrer que son succès sur le Tour de France n'était pas usurpé. Son équipe, qui porte le spectre du dopage depuis 2007 devra quant à elle se montrer irréprochable sur le plan ethnique. Une année charnière attend l'équipe Kazakh et son leader.

C'est l'heure d'entrer sur la piste.

Le record de l'heure cycliste sur piste fait de nouveau l'objet de toutes les convoitises. ll était en stand by depuis 2005, mais le vétéran allemand Jens Voigt l'a relancé le 18 septembre dernier. En effet, depuis que l'UCI a modifié le règlement et supprimé des tablettes les performances des Boardman, Rominger ou autre Indurain... les prétendants sont légions. L'allemand a établi un premier temps de référence avant de tirer sa révérence, comme pour donner une dernière impulsion à un cyclisme qui a énormément évolué depuis vingt ans. Un mois après, c'est l'Autrichien Matthias Brändle qui l'a détrôné en parcourant 51,852 km sur la piste d'Aigles, toujours en Suisse. Aujourd'hui déjà, on sait que trois coureurs vont s'y attaquer dans les mois qui viennent : L'Australien Jack Bobridge (25 ans) vient d'échouer à 500 mètres du record, son compatriote Rohan Dennis (24 ans) le 8 février à Granges (là même où Voigt s'était mis en piste) et puis le Britannique Alex Dowsett (26 ans) qui vient de reporter sa tentative après s'être fracturé la clavicule à l'entrainement mi-janvier. Le record va connaître pas mal de changement en attendant qu'un des "costauds" de l'épreuve solidaire ne s'y attaque. Bradley Wiggins (GBR) a d'ores et déjà annoncé qu'il allait s'y préparer pour la deuxième partie de saison. Son dernier objectif avant de retourner définitivement sur les pistes pour préparer les Jeux olympiques de Rio en 2016. En ce qui concerne Tony Martin (Allemagne), il dit vouloir faire une tentative avant 2016 "C'est certainement un objectif... C'est dans l'agenda 2015-2016". Aucune information cependant sur la motivation du Suisse Fabian Cancellara, qui s'était offusqué des changements "attractifs" de l'UCI. Il voulait lutter "contre les coureurs du passé".

Des Français sans limites

Le renouveau du cyclisme français est en marche. Le dernier Tour de France a redonné l'espoir à toute une génération de voir un coureur français mettre fin aux trente ans de disette sur son Tour national. Deuxième de la Grande Boucle, Jean-Christophe Péraud (37 ans) a certainement atteint son maximum et Pierre Rolland (28 ans) pourrait privilégier un Giro qui lui a particulièrement réussi l'année dernière (4è). Pour le Tour de France, il faudra compter avec la génération 90-92. Thibaut Pinot (24 ans) a déjà affiché sa régularité sur trois semaines (3è et 10è du Tour, 7è de la Vuelta) et a montré des progrès considérables cette saison que ce soit en descente ou en contre-la-montre. Il semble le mieux armé. Romain Bardet (24 ans) est lui aussi parvenu à confirmer. Plus complet que Pinot, il ne veut pas se focaliser sur le Tour et espère encore découvrir le Giro mais il sait "qu'il est difficile pour un Français de manquer le Tour". Le coureur d'AG2R La Mondiale veut également "réaliser une bonne campagne de classiques". Quand à Warren Barguil (23 ans), on imagine mal le Team Giant se priver une nouvelle fois de lui en juillet prochain. Ces trois-là seront particulièrement observés même s'il sera évidemment très compliqué de faire aussi bien que l'an passé. Côté classique, Chavanel a regagné du lourd en Août du côté de Plouay mais l'âge commence à le rattraper. Néanmoins, Arthur Vichot et Tony Gallopin, tous deux vingt-six ans peuvent raisonnablement espérer jouer les premiers rôles sur les ardennaises. On aura à coeur d'observer le jeune Alaphilippe (22 ans), troisième de la Ride London Classique début Août. Enfin côté sprint, Démare (23 ans) et Bouhanni (24 ans) se sont séparés... pour mieux s'affronter et gagner sur le Tour de France ?

Kwiatkowski et l'éternelle malédiction arc-en-ciel

On vous en parlait déjà en juillet 2013 (voir article : http://jeunes-journalistes.over-blog.com/kwiatkowski-fleur-du-cyclisme-polonais), "Kwiatek" a relancé un cyclisme polonais en perdition. À vingt-quatre ans, il a déjà marqué l'histoire de son sport en devenant le premier cycliste polonais champion du monde sur route et avec Majka, il est une véritable star dans un pays où le cyclisme ne cesse de se développer. Michal progresse en toute discrétion, toutefois cette année il ne pourra plus se cacher. Vainqueur surprise du mondial à Ponferrada, le coureur d'Etixx-Quick Step devra composer toute la saison avec une énorme pancarte sur le dos. Un statut difficile à assumer la plupart du temps, demandez à Philippe Gilbert et Ballan ce qu'ils en pensent... Car le maillot arc-en-ciel fait de vous un homme à battre, à qui on ne laisse que très peu de marge de manoeuvre. Cela dit, ce maillot fut aussi gage de réussite pour certains dans un passé récent. Il a par exemple changé un homme en la personne de Cadel Evans qui,par la suite a remporté le Tour. Kwiatkowski est un coureur complet, très bon rouleur, qui passe bien les bosses et qui dispose d'une bonne pointe de vitesse pour régler un petit groupe après une course difficile. Sa qualité première reste son punch exceptionnel dont il a fait l'étalage à maintes reprises la saison passé. Rendez-vous en avril pour la gagne sur le triptyque ardennais ? Il a terminé cinq fois sur six dans le top 5 de ces courses depuis deux ans (Amstel-Flèche-Liège).

Pauline Ferrand-Prevot patronne parmi les reines

Elle avouait dans les colonnes du Monde.fr fin décembre (http://www.lemonde.fr/cyclisme/article/2014/12/31/pauline-ferrand-prevot-ma-mere-ne-voulait-pas-que-je-fasse-du-velo_4548170_1616656.html) en avoir marre qu'on la compare tous le temps avec Jeannie Longo. Il est vrai que la jeune Rémoise fait tout ce qu'il faut pour se distinguer. Championne du monde sur route et du cyclo-cross (depuis cet après-midi), vingt titres de championne de France depuis minime-cadette, deuxième du Tour d'Italie, son palmarès impressionne alors qu'elle n'a pas encore vingt-trois ans. Pauline Ferrand-Prevot a également réussi l'exploit de faire sa place dans la meilleure équipe du monde, la Rabo Liv Women, ce qui n'est pas chose aisée. D'autant qu'elle partage le leadership dans son équipe avec la meilleure cycliste de sa génération, la Néerlandaise Marianne Vos. Pas facile donc de se faire un nom dans cette équipe. "Je commence déjà à être un peu connue" reconnaît-elle sans pour autant s'attribuer un rôle d'ambassadrice du cyclisme féminin français qui lui revient pourtant naturellement au vue de ses résultats. Pauline dit avoir parfois un "sale caractère", mais c'est justement ce caractère qui fait d'elle une championne à part entière, la seule actuellement dans son pays "En France je dois être la seule à avoir un statut pro". Bon nombre de défis se dresse devant elle cette année, elle vient d'en réussir un avec le titre mondial du cyclo-cross. PFP voit décidément la vie en arc-en-ciel.

Bouhanni prêt à puncher

"Mon objectif est de gagner, j'ai rejoins Cofidis pour gagner" disait Nacer Bouhanni lors de la présentation de son équipe à Roubaix il y a une dizaine de jours. Une déclaration qui résume bien la mentalité du coureur sur le vélo mais aussi en dehors, dans sa vie de tous les jours. Il aime frotter, lutter et gagner. Nacer dégage cette assurance qui fait de lui l'un des meilleurs sprinteurs au monde à l'heure actuelle. Pour Nicolas Geay que nous avons interviewé récemment, pas de doute "Bouhanni fait partie des trois meilleurs sprinteurs du monde". Ses cinq victoires en Grand Tour l'année dernière (3 au Giro, 2 à la Vuelta) peuvent en témoigner. En concurrence avec Arnaud Démare chez FDJ depuis trois ans, il a pris la décision de quitter l'équipe dirigée par Marc Madiot pour rejoindre une formation à la recherche d'un nouveau souffle (Cofidis). Un choix purement sportif puisque le plus vieux sponsor du peloton 2015 évolue en division continental pro (l'échelon inférieur au World Tour), même s'il sera invité sur certaines des plus grandes courses comme Paris-Nice, le Dauphiné et le Tour. Accompagné par son poisson-pilote à la Française des jeux Geoffrey Soupe, il va trouver un train totalement dévoué à son service avec Adrien Petit, Dominique Rollin et Jonas Ahlstrand. Pour ce qui est de ses objectifs, il n'est pas très compliqué de les déterminer étant donné que Bouhanni prend toujours le départ d'une course pour la gagner. Cependant, l'intéressé avoue "il y a des courses que j'apprécie tout particulièrement comme Milan San-Rémo et le Tour de France". Privé de ce dernier en 2014, le Vosgien espère y remporter un premier succès d'étape. Dans un nouvel environnement, l'adaption sera l'une des clés de son nouveau projet.

Au Tour de l'Afrique

Christian Prudhomme annonce la participation au Tour de France de l'équipe MTN-Qhubeka comme "une avancée positive pour le cyclisme africain". Pour la première fois de l'histoire, une écurie venant du continent africain sera au départ de la Grande Boucle. "L'ouverture au monde se poursuit" pour le directeur de l'épreuve en parfait raccord avec l'objectif de l'UCI et d'ASO qui vise à mondialiser ce sport. Il n'a toutefois pas omis de rappeler que la participation au Tour ainsi qu'au Dauphiné du Team dirigé par Douglas Ryder respecte "une logique sportive". Sur le plan sportif en effet, MTN Qhubeka ne cesse de grandir depuis plusieurs années. La victoire de Gerald Ciolek sur le "monument" Milan San-Rémo en 2013 a certainement accéléré l'évolution d'un projet lancé il y a maintenant huit ans. Après une participation à la Vuelta en Août dernier, la formation Sud-Africaine s'est nettement renforcée lors de la période de transferts en recrutant des pointures telles que Boasson Hagen, Tyler Farrar et Matthiew Goss. Des coureurs qui ont l'expérience des plus grandes courses et qui vont trouver chez MTN une occasion de redonner de l'élan à leur carrière. Le rendez-vous avec l'histoire est prit pour le 4 juillet à Utrecht, aux Pays-Bas.

St-Quentin-en-Yvelines, la piste aux étoiles

On y est ! Dans moins d'un mois, la ville de St-Quentin-en-Yvelines accueillera les championnats du monde de cyclisme sur piste. Neuf ans après Bordeaux, dernière ville française à avoir organisée l'évènement. Pendant cinq jours (du mercredi 18 février au dimanche 22), les meilleurs pistards du monde vont s'affronter en plein coeur du Vélodrome national. L'occasion de voir à l'oeuvre le conquérant François Pervis, triple champion du monde (keirin, kilomètre et vitesse) à Cali en Colombie l'hiver dernier. Outre la superstar des épreuves du sprint, Grégory Beaugé veut prendre sa revanche à seize mois des Jeux de Rio. Parmi les jeunes, Bryan Coquard n'a été retenu "que" pour les épreuves par équipes et Thomas Boudat défendra un titre acquis sur l'Omnium il y a un an. En revanche la France ne devrait pas faire Razzia chez les femmes où la FFC (Fédération française de cyclisme) attend une médaille. On espère un succès populaire pour cette si belle enceinte de 5000 places inaugurée le 13 janvier 2014.

 

 

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