La France prend date

En matière de cyclisme, la France a longtemps été nostalgique de ses anciens champions. En juillet prochain, cela fera trente ans qu'un coureur français n'aura pas gagner son Tour national : Le célébrissime Tour de France. Bref, le cyclisme français avait de quoi l'être... Nostalgique. Oui, il "avait" car il ne l'est plus ! Aujourd'hui, la France semble tournée vers l'avenir, à raison cette fois.

Elle n'a plus rien à envier aux "autres", à ces nations qui l’humiliaient dès que la pente se faisait un peu plus raide ou que le peloton filait à toute vitesse sous la flamme rouge. Non, désormais les coureurs issus de l’hexagone les regardent droit dans les yeux, sans crainte, ni peur, ces "autres". Ils frottent avec les Kittel (Giant), Greipel (Lotto) ou autre Cavendish (Oméga-Pharma), ils luttent avec les grands d'Espagne sur leur terre, et ils osent même attaquer le maillot jaune lors du mois de juillet. Le temps où nos coureurs "subissaient" la course est révolu !

Bientôt leur Tour

La saison cycliste ne se résume pas qu'au seul mois de juillet, mais il est très démonstratif de la réussite des coureurs tricolores. Dix-sept ans, cela faisait dix-sept longues années qu'aucun français n'avait fini "sur la boîte" de la Grande Boucle. Une anomalie doublement réparée cet été grâce à Jean-Christophe Peraud 2è (AG2R, 37 ans) et Thibaut Pinot 3è et meilleur jeune (FDJ.fr, 24 ans). Si l'on rajoute à cela les 6è et 11è places de Romain Bardet (AG2R, 23 ans) et Pierre Rolland (Europcar, 27 ans), les victoires d'étapes de Blel Kadri (AG2R, 28 ans) et Tony Gallopin (Lotto, 26 ans) ainsi que le port du maillot jaune de ce dernier on obtient un bilan ultra positif. Le meilleur depuis les années Virenque /Jalabert.

Comme on vous le disait, la saison est longue et s'étale sur dix mois. Les autres résultats sur trois semaines sont également très bons avec une quatrième place de Rolland sur le Giro et une huitième de Warren Barguil (Giant, 22 ans) lors du troisième Grand Tour de la saison, en Espagne. Nacer Bouhanni (FDJ.fr, 24 ans) a quant à lui mis fin à huit ans de disette du sprint français en Grand Tour (trois succès au Giro, deux sur la Vuelta). Côté classique, la France n'a pas vraiment brillé dans les "cinq monuments" mais a obtenu quelques résultats encourageants comme pour Tony Gallopin (6è du GPE3, 5è de San sebastian et 3è du GP de Montréal) qui incarne le futur de la France dans ce secteur. Le point d'orgue de notre campagne de classique est intervenu fin Août à Plouay avec la victoire de Sylvain Chavanel (IAM, 35 ans) au GP Ouest-France devant un italien (Fedi) et trois français (Vichot, Gautier et Alaphilippe). Cet ensemble de résultats confirment la renaissance de notre cyclisme.

Les cinq raisons du succès

1) Une génération de talent : C'est une certitude, les Barguil, Bardet, Bouhanni et cie en sont bourrés, de talent. Ils n'ont rien à envier aux coureurs étrangers, bien au contraire. Il n'y a qu'à voir les classements de nos jeunes chez les espoirs. Lorsque Warren Barguil gagne le Tour de l'avenir (Tour de France des espoirs) en 2012 puis remporte deux étapes de la Vuelta douze mois plus tard, c'est la confirmation de qualités entrevues dans les catégories de jeunes. On pourrait en dire tout autant d'Arnaud Démare (FDJ.fr, 23 ans), notre champion national sur route qui avait glané un titre mondial espoirs en 2011. Et des exemples comme ça, il y en a pour quasiment tous les coureurs qui ont brillé cette saison. Si ça marche chez les espoirs, ça devrait marcher chez les pros, c'est logique non ? Alors pourquoi durant plusieurs années ce ne fut pas le cas ?

2) La lutte contre le dopage : L'antidopage est à coup sûr l'une des explications de cette réussite. La France a su récolter des fruits de cette lutte acharnée notamment après les affaires Festina et Armstrong pour revenir au meilleur niveau. Cela se voit dans les résultats. Toutes les nouveautés instaurées afin de récolter un maximum d’informations sur les cyclistes (Passeport biologique, MPCC) par les instances qui luttent contre ce fléau ont permis ce "nettoyage". Aujourd'hui, ce n'est pas tout beau, il y aura toujours des tricheurs mais les différences sont moins importantes qu'avant. Les coureurs ne peuvent plus enchaîner les attaques surhumaines. Il y a moins de dopage et ça aide.

3) Le travail : Sans travail, on n'a rien ! Cette affirmation ne s'applique pas qu'au sport, évidemment. Dans un sport aussi difficile que le cyclisme, le travail est le premier gage de réussite. Il ne s'agit pas de passer sept heures par jour sur le vélo, mais de faire des efforts spécifiques. Tout compte en 2014 : la nutrition, la position, la musculature, le sommeil... Plus rien ne peut être laissé au hasard. Un coureur comme Thibaut Pinot part faire des stages de pilotages à l'Alpe d'huez durant l’hiver pour vaincre "sa peur" dans les descentes, Bouhanni est un adepte du derrière scooter... C'est significatif du travail qu'ils effectuent pour apprendre et s'améliorer. Là aussi, on a progressé.

4) La formation française : La France a la chance de posséder de très bon clubs formateurs comme le CC Etupes ou Nogent sur Oise. Elle dispose aussi de centre de formation reconnus comme AG2R avec le Chambéry cyclisme formation. Lorsque Arnaud Demare est champion du monde espoirs en 2011, il est licencié à Nogent. Cela prouve que nos infrastructures et formations se portent bien. Il n'est plus obligatoire pour un jeune français talentueux de partir courir dans des équipes étrangères pour "marcher" comme on dit dans le jargon. Pinot et Bardet n'ont connu pour le moment que les bienfaits de l'hexagone.

5) Bernard Bourreau : Il est celui qui a tout connu avec l'équipe de France. Cela fait maintenant trente-deux ans qu'il officie au sein des équipes nationales tricolores. Une longévité incroyable mais surtout une ascension phénoménale pour le natif de Garat en Poitou-Charentes. Entraineur des juniors de 1988 à 2004, puis des espoirs pendant six ans (ponctué par deux titres mondiaux), il est aujourd'hui à la tête des élites depuis 2013 et ses débuts sont prometteurs. Nos pépites, il les connait très bien puisqu'il a déjà eu affaire avec eux dans les équipes de jeunes. Un chiffre assez parlant, sept des neuf coureurs qu'il a sélectionné pour la course en ligne des championnats du monde l'ont eu comme entraineur/sélectionneur dans les catégories précédentes (seul Peraud et Reza font exceptions).

La question qu'on se pose tous désormais, dans combien de temps verra-t-on un français défiler sur les champs Élysées avec la tunique jaune sur le dos ?

Crédit photo : @sammyon94

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