Guillaume Di Grazia "Ils ont nourri ma passion"

Fan de sport, sa voix vous parle certainement. Aujourd'hui responsable de la rédaction d'Eurosport, il est l'une des figures de proue du journalisme sportif en France. Guillaume Di Grazia a gentiment accepté de répondre à nos questions. Rencontre avec un passionné.

- Responsable de la rédaction d'Eurosport, commentateur, animateur sportif, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Guillaume Di Grazia : J'ai d'abord fais un Deug de droit à l'Université de Montpellier, puis un BTS action commercial avant de rentrer à l'Ecole Supérieur de Journalisme (ESJ) de Paris peu après un voyage en Angleterre. Ce qui est très important dans une école de journalisme, ce sont les stages, emmagasiner de l'expérience. D'ailleurs, dès ma deuxième année j'ai fais un stage à Eurosport où je suis resté. Cette boîte m'a permis de vivre mes passions : le journalisme et le sport...

J'ai toujours voulu faire ce métier.

- Vous commentez plusieurs sports (cyclisme, football, nordique), d'où viennent toutes ses passions ?

GDG : Je suis un grand passionné de sport en général (à l'exception peut-être des sports mécaniques). Comme tout gamin, j'adorais le football mais je m'intéressais aussi au Basket, à la natation etc...

Ma passion pour le cyclisme, c'est avant tout beaucoup de souvenirs comme la Madeleine avec Poupou (Poulidor). Aujourd'hui, j'ai eu la chance de couvrir treize Tour de France. Au début, je préparais des sujets. Ensuite au fil des années j'ai pris les commentaires des courses puis les plateaux-télé. Ces dernières années, on a monté des émissions comme les Rois de la pédale et l'étape de Virenque. Je suis comme accro au vélo.

Quand au ski, c'est le hasard qui a fait qu'un jour, je me suis retrouvé à commenter un concours de saut à ski au côté de Nicolas Jean Prost (quintuple champion de France). Au contact des champions et anciennes gloires de ce sport, je me suis attaché au nordique. Ils ont en quelques sortes "nourrima passion". Car sans la passion, le journalisme est un tout autre métier !

-Y a t-il un ou plusieurs souvenirs (rencontres ou évènements) qui vous ont marqué au cours de votre carrière ?

GDG : C'est une petite, mais déjà très riche carrière. Il est très compliqué de sortir un souvenir en particulier car il y en a beaucoup !

J'en ai deux complètement opposés qui me viennent à l'esprit. Le premier, c'était le 14 février 2010 lorsque j'ai commenté le titre olympique de Jason Lamy-Chappuis (combiné nordique) à Vancouver. Jason, je l'ai connu quand il avait 16 ans et l'ai vu grandir jusqu'à son moment de gloire. L'avoir vécu restera un moment inoubliable, une joie immense.

(Il poursuit, très ému) Le deuxième, c'est la mort de Wouter Weylandt sur le Tour d'Italie 2011. Enfin plutôt le lendemain de sa chute. J'appréhendais cette étape. Elle a finalement été neutralisé et son équipe a franchi la ligne en première avant de se retirer du Giro. Dans ce genre de situation, il n'y a rien à ajouter. Je me rappelle m'être tourné vers Jacky Durant et il m'a dit "Je ne le connaissais pas ce petit, mais il fait parti de notre famille".

- Un mois durant, vous avez pu vivre la coupe du monde de l'intérieur. Comment se déroulaient vos journées à Copacabana ?

(Il tenait l'émission Copacabana live avec Olivier Dacourt)

GDG : Je suis resté entre Ipanema et Copacabana. Nos journées étaient assez longues. Je me levais pour 8 heures, puis direction le studio deux heures avant l'émission pour finir de la préparer. Après le live, on partait en réunion avec la rédaction pour le débrief. Je faisais également des papiers pour plusieurs radios (radio Vinci Auttoroute et radio classique) avant de regarder les matchs avec l'équipe sur place.

Plus on avançait dans la compétition, moins il y avait de matchs sur lesquels parler. Il fallait donc chercher ailleurs mais c'était une belle aventure.

- Pouvez-vous nous parler un peu de l'ambiance sur place ?

GDG : Le foot, c'est un peu l'essence du Brésil. J'ai découvert un pays qui vit sous émotion. Prennons par exemple cet extraordinaire et dramatique Brésil-Allemagne (1-7). C'est un match dont on reparlera encore dans 40 ou 50 ans, on a assisté à un naufrage, après le premier but chaque joueur a voulu faire la différence tout seul, les brésiliens se sont jetés dans la gueule du loup. l'instinct l'a emporté sur la raison. Mais ce qui m'a marqué c'est le comportement des supporters brésiliens après cette débâcle. Il y a eu un silence de mort au coup de sifflet final, ce choc restera très longtemps. Jamais le Brésil ne gagnera de coupe du Monde chez lui. J'ai assisté à une cérémonie où un speaker a pris le micro et dit "On vas montrer au monde comment perdent les brésiliens". Et ils ont dansé sur de la musique typiquement local. Rio a vécu au rythme de la coupe du monde.

- Quel est votre avis sur le 101è Tour de France ?

GDG : Le Tour a choisi un très beau vainqueur. Je ne suis pas déçu pour Contador et Froome car la base du vélo, c'est de rester sur son vélo. Nibali a su se jouer des pièges et il a mis la pression sur ses adversaires. Sur les pavés, j'ai vu un Contador tétanisé, qui subissait la course. L'italien avait trois minutes avant même les Alpes et il a fait la démonstration de sa force en montagne par la suite.

Après, je suis évidemment très content pour nos français. Ils confirment qu'ils ont faim, 16 ans après l'affaire Festina. Pinot et Bardet sont très jeunes et ont l'avenir devant eux. Pour Jicé (Péraud), j'ai entendu beaucoup de critiques comme quoi il "suçait les roues". Mais si lui suçait la roue de Nibali, qui le suivait ? Personne. Jean-Christophe mérite amplement sa deuxième place. Enfin, je suis très content pour le professionnel qu'est Tony Gallopin. C'est un enfant de la balle qui est parvenu, à force de travail à gagner San Sebastian, une étape du Tour et à porter le maillot jaune (en un an). Bien sûr, on pourrait continuer sur tous les coureurs...

- Dernière question, quels conseils donneriez-vous à des jeunes qui rêvent de devenir journalistes sportifs ?

GDG : D'oser, d'être curieux. Si on a la foi on peut réussir mais il faut aller vers les gens. La chance, il faut savoir la provoquer. Le mieux, c'est de s'intéresser à plusieurs sports, ne pas se contenter de son savoir sur telle ou telle discipline. La culture générale est très importante. Et puis, bien entendu il est obligatoire de faire une école et si possible pas trop tôt pour apprendre un maximum. Les stages sont vraiment importants, car rentrer dans les rédactions comme pigiste permet d'engranger de l'expérience.

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