Nicolas Loth: "ça valait le coup de galérer!"

Nicolas Loth est un ancien coureur. Mais il est aussi pigiste sur Europsort. Mais il est aussi speaker sur des courses comme la Route du Sud que nous avions couvert en intégralité en juin dernier. Multi-étiquettes, plusieurs plateaux à son pédalier, il s’est livré à nous pour mieux le connaître. Rencontre.

Vous êtes avant tout journaliste ou speaker ?

En fait je ne sais pas vraiment ! Disons que je suis "commentateur sportif". C'est peut-être la meilleure définition que je peux donner à mon activité permanente. Journaliste c'est un bien grand mot. J'ai vraiment la sensation de faire du journalisme quand je réalise des sujets pour mon site internet : labordure.fr ou lorsque je travaillais l'année dernière sur les Coupes de France pour Eurosport. Dans ce genre de situation je suis au contact des coureurs.

Votre parcours pour en arriver à ce que tu fais aujourd’hui ? Votre père Jean-Pierre était coureur chez BP c’est bien ça ? Vous aussi en avez fait?

Vélo, vidéo et micro ! Je suis né dans une famille de cycliste. Mon grand-père faisait de la piste et mon père a couru quelques années chez les pros. Dès mon plus jeune âge je voulais être pro. Tous les sports que j'ai pratiqués je voulais les faire à haut niveau. Basket, skate, vélo. En revanche j'ai commencé assez tard le cyclisme (sans compter un long passage à l'école de cyclisme et de nombreux tours de pâté de maison où je me prenais pour Thierry Claveyrolat !) à l'âge de 15 ans je crois. J'ai commencé à prendre ça très au sérieux chez les juniors et je n’ai fait quasiment que ça après mon bac. Cependant il y avait un truc qui n'allait pas, c'est que je n'arrivais pas à rester concentré toute une saison. J'avais souvent d'autres choses en tête, du coup je me demandais souvent si j'étais vraiment fait pour ça. Et puis lors d'un stage d'avant saison de mon équipe à Anglet, le type qui s'occupait du site internet a voulu filmer les imitations que je faisais de Mangeas (pour présenter mes potes), de Christophe Moreau...etc. Ces vidéos ont un petit peu "buzzé" dans le milieu du vélo et je suis devenu le "coureur-imitateur" du peloton ! A la suite de cela, on m'a proposé d'animer une course, puis une deuxième...etc. J'ai toujours été attiré par le micro et par l'image. A côté de mes activités d'animateurs, j'ai créé une petite production pour permettre de développer la vidéo dans le cyclisme amateur. J'ai réalisé des résumés pour le challenge d'or directvélo où je réalisais le tournage, le montage, les plateaux, la mise en ligne. Il faut savoir que tu te demandes ce que tu fous là dans ta chambre d'hôtel en plein Poitou-Charentes, à galérer jusqu'à 5 h du mat parce que tu n'arrives pas à mettre en ligne ta vidéo. Tu te demandes à quoi ça sert tout çà et finalement, quand tu reçois le coup de fil de Jacky Durand quelques années après qui te dit qu'il a vu avec Alexandre Pasteur tes vidéos résumées pour en savoir plus sur un coureur polonais (ils commentaient à ce moment-là le tour de Pologne) et qu'il te propose de le remplacer sur quelques manches de la Coupe de France pour Eurosport parce qu'il ne pourra pas toutes les assurer et bien tu te dis : ça valait le coup de galérer ! Quelques mois plus tard, j'ai demandé un entretien avec Alex Pasteur. Je lui ai parlé de mon parcours, que je voulais commenter du sport et pas que le cyclisme, il m'a fait faire un essai sur un match de foot avec lui et ensuite sur le marathon de Berlin en septembre 2012 avec un consultant et depuis je suis pigiste sur Eurosport !

C'était une vocation le journalisme ? Vos études pour arriver là ?

Le journalisme m'a toujours attiré c'est un fait mais pour "vraiment" devenir journaliste il y a selon moi beaucoup de chemin à parcourir. On définit ce que je fais comme étant du journalisme, mais pour moi le vrai journaliste est surtout celui qui est sur le terrain. Je compte bien y aller de plus en plus mais pour cela il faudrait que "mes patrons" me fassent plus confiance et pour cela il faut bien sûr que je travaille beaucoup, que je sois bon dans ce que je fais.
Je n'ai pas fait d'études pour en arriver là. Quelques mois de fac d'histoire et de STAPS mais associer vélo et études étaient compliqué pour moi. Je ne vivais plus chez mes parents donc cela rendait la tâche encore plus complexe.

Nicolas Loth: "ça valait le coup de galérer!"

Vous épaulez « The Voice »Daniel Mangeas sur certaines courses comme la Route du Sud, est-ce qu’à l’avenir vous pourriez le remplacer sur le Tour de France ? C’est un rêve ?

« The Voice », je l'épaule très rarement ! Deux courses dans l'année. Faire le Tour de France un jour en tant qu'animateur ? Bien sûr que ce serait énorme ! Un rêve oui ! Je m'en rapproche un petit peu parce que cette année ASO va tester pas mal de speakers sur leurs épreuves et je vais bosser sur les départs de Paris Nice au mois de Mars et dans la voiture info. ASO a bien compris qu'il ne fallait pas remplacer Daniel Mangeas par un Daniel Mangeas bis, que ce monsieur partira avec sa voix, ses intonations, ses blagues...etc. La société du Tour veut un binôme au départ et à l'arrivée avec un spécialiste vélo et un animateur/journaliste qui se baladerait avec une caméra dans le public, au bus des coureurs...Etc. Une nouvelle forme d'animation dans laquelle je me retrouverais bien et qui serait forcément excitante car il y aurait pleins de choses qui pourraient être mises en place en terme d'animation. Mon pote speaker africain Soufiane Coulibaly m'a dit un jour (je lui avais mis la pression parce que je voulais être sur l'aire de départ rapidement ce jour-là !) "L’animation c'est de l'amusement. Si tu ne t'amuses pas ça sert à rien de faire ce métier". Il a tout à fait raison Soufiane. Les gens viennent pour se détendre, passer un bon moment, en prendre pleins les yeux et si l'animateur se prend trop au sérieux ça se ressent et surtout s'entend !

Quel moment de sport ou de cyclisme vous a le plus marqué ?

J'en ai deux. Samuel Sanchez qui fait deux derrière Sylvain Chavanel sur le tour du Haut Var en 2003 et on m'avait demandé d'aller chercher le deuxième de la course pour l'emmener au podium et il me dit : "La ligna la puta" On aurait dit qu'il revenait du front. Ensuite il a retrouvé le sourire mais il avait l'air tellement déçu. Je crois même qu'il pleurait. Je sais pas pourquoi mais ce moment m'a marqué. Depuis ce jour, c'est un coureur que j'aime beaucoup dans le peloton. Un vrai guerrier avec beaucoup de classe. Un type qui ne fait jamais de vague.

Et puis il y a la victoire de Berhane sur la Tropicale cette année. J'ai perdu tous mes moyens au micro ! Je suis très sensible à l'émergence du cyclisme africain et voir ce jeune africain gagner le général c'était très fort. C'est un garçon vraiment attachant.

Enfin, si vous pouviez décrire le métier de journaliste, vous le décrirez comment ? Qu’aimez-vous dans ce métier ?

Un métier qui demande à mon sens une chose clé, de l’intégrité. Un mot qui n'a plus beaucoup de sens à l'heure actuelle malheureusement dans ce milieu. Il est de plus en plus difficile de bien s'informer. Cela demande du temps, de l'énergie. De plus, avec l'émergence des réseaux sociaux, tout est commenté de manière instantanée sans réfléchir. Bref, c'est un gros bordel ! Je suis très pessimiste quant à l'avenir du "vrai" journalisme. En revanche je pense que certains se battent encore pour faire ce métier honnêtement mais ce sont généralement des personnes qui dérangent et à qui l'on ne donne pas beaucoup la parole.
Pour terminer sur une note un peu plus positive, c'est très bateau comme réponse mais partager mes rencontres avec les gens, leur montrer des choses qu'ils n'ont pas l'habitude de voir à travers les documentaires que je fais avec "labordure" ou parler à l'antenne ou sur un podium d'histoires décalées comme par exemple la victoire du premier coureur rwandais sur une course UCI, Bonaventure Uwizeyimana (difficile à prononcer au début ! ) devant pleins de professionnels. Un garçon qui a connu des atrocités et qui grâce au vélo renaît ! Voilà ça c'est un truc que j'aime dans ce que je fais. Raconter ce genre d'histoires...

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