Marion Gachies, le cyclisme dans ses veines

Elle est jeune, sympathique, pétillante et a gentiment accepté de répondre à nos questions. Elle, c'est Marion Gachies, journaliste pour Eurosport à la rédaction cyclisme. Fan de vélo, vous l'avez certainement aperçue, en Septembre dernier sur le plateau télé d'Eurosport lors du Tour d'Espagne. Rencontre.

- Vous êtes journaliste à Eurosport depuis Septembre 2012. Quel a été votre parcours pour en arriver là?

Marion Gachies: "J’ai passé le concours de l’Ecole Supérieure de Journalisme (ESJ) de Lille-Montpellier juste après mon Bac ES en 2011. Comme je n’étais pas encore majeure, ou tout juste, j’ai mis un an pour trouver une entreprise qui me prenne en alternance. Puis, lors du Tour de France 2012, Eurosport m’a contacté. J’ai débuté avec eux en Septembre 2012. Ma formation s’articule de la façon suivante : 6 semaines à Eurosport, et deux semaines en cours ; et cela pendant deux ans. Je termine donc en Septembre. Etant passionnée de sport, c’est vraiment une boite où je m’épanouie pleinement".

- Spécialiste du cyclisme, d'où vous vient la passion pour ce sport?

M.G: "C’est vrai que peu de filles malheureusement s’intéressent au cyclisme. Mon père a toujours fait du vélo et depuis toute petite j’allais le voir au bord des routes quand il faisait des courses. Chaque année on partait avec ma famille en montagne voir une étape du Tour de France. On en profitait pour randonner quelques jours, et voir le passage des coureurs. Mon contact avec le monde du cyclisme s’arrêtait là. Je connaissais à peine les 3 premiers du Tour de France.
Mais en 2009 j’ai participé aux Jeunes Reporters. Cette opération était parrainé par ASO et Vélo101. Le principe est simple : 6 jeunes de 13 à 16 ans sont sélectionnés et partent sur le Tour de France accrédités comme de vrais journalistes. Leur mission est de publier un journal tous les deux jours (édité en 1000 exemplaires) qui traite des coulisses du Tour.
Grâce à cette aventure, j’ai été véritablement plongée dans le monde du cyclisme. Je me suis rendue compte que ce n’était pas du tout ce qu’on voyait à la télé pendant le mois de juillet. C’est bien plus fort ! Il y a une véritable âme dans ce sport. Il y a des gens simples, chaleureux avec des histoires à n’en plus finir. D
epuis ce jour, je suis devenue une véritable accro".

- Vous avez participé aux Jeunes Reporters du Tour sur le Tour de France 2009. Que vous a apporté cette opération?

M.G: "Ce qu’elle m’a apporté est dur à quantifier et à expliquer. Elle m’a avant tout fait révéler une passion: le cyclisme. Sans ça je ne serai pas qui je suis aujourd’hui. J’ai rencontré également des gens formidables, de nationalités différentes, et qui pour certains sont mes meilleurs amis aujourd’hui. C’était avant tout une aventure humaine formidable. Après sur le plan professionnel, les Jeunes Reporters a été une expérience très enrichissante. Pourtant, quand on a 15 ans c’est difficile de se projeter dans l’avenir et avoir une idée précise de ce que l’on souhaite faire plus tard. Là, en 2009, à la sortie du Tour, c’était une certitude pour moi : je voulais être journaliste sportive spécialisée dans le vélo. Enfin, cette opération m’a permis de me faire pas mal de contacts, qui me servent encore aujourd’hui. Que ce soit au niveau des coureurs, du staff des équipes ou des journalistes. Ce sont des personnes qui me connaissent pour certains depuis que j’ai 15 ans !"

- Durant votre jeunesse, votre souhait de devenir journaliste était-il déjà bien statué?

M.G : "Non absolument pas ! Comme beaucoup de filles je pense, j’ai voulu être princesse, chanteuse, puis vétérinaire et avocate ! Rien à voir avec le journalisme ! Ensuite j’ai eu ma période militaire. Je voulais absolument être pilote de chasse. Mais je porte des lunettes donc c’est totalement impossible. Je pense que si je n’avais pas eu ce problème j’aurais continué dans cette voie. Ma volonté d’être journaliste est arrivée quand je suis entrée en seconde au lycée. Et ma première expérience sur le Tour l’a définitivement scellée".

Marion Gachies s'est liée d'amitié avec le coureur de Cofidis Daniel Navarro.

Marion Gachies s'est liée d'amitié avec le coureur de Cofidis Daniel Navarro.

- Quels souvenirs vous ont le plus marqué dans votre jeune carrière de journaliste?

M.G : "C’est important de préciser « jeune » carrière ! Comparé à des journalistes comme Philippe Brunel (L’Equipe), Jean-Louis Le Touzet (Libération) ou même à Laurent Vergne (Eurosport), je ne suis rien du tout. Mais cela ne m’empêche pas d’avoir eu quelques moments forts.
Pour moi, le moment de ma vie où j’ai été le plus heureuse sincèrement, ce n’est pas le check que m’a fait Armstrong en sortant du bus, ni l’interview avec Miguel Indurain, ni même les courses que je peux faire dans les voitures de DS, au plein cœur de l’action. Non le moment qui m’a le plus marqué c’est mon interview avec Daniel Navarro (Cofidis). Bizarre vous allez me dire ! C’était en 2010, le jour du contre-la-montre Bordeaux-Pauillac, avant dernière étape du Tour de France. La veille j’avais réussi à interviewer Andy Schleck en face à face à son hôtel, grâce à un formidable concours de circonstance. Son attaché de presse n’avait plus de voiture, on avait donc dû le ramener à son hôtel et pour nous remercier il nous avait accordé une interview. Pour recontextualiser la chose, j’avais 16 ans. Bref, le lendemain de cette rencontre avec A.Schleck, je me s
entais invincible !

Je suis donc allée au bus Astana pour demander une interview de Daniel Navarro (qui courrait là-bas à l’époque). L’attachée de presse me l’a bien évidemment accordée car je pense que je devais être la seule journaliste à vouloir un entretien avec lui. Pour moi c’était énorme. J’admirais tellement ce coureur ! Je trouvais qu’il était capable d’un tel dévouement sur le vélo pour Alberto Contador ! Je me souviens encore de l’étape en 2010 où il dépose Contador à 2km de l’arrivée à Morzine-Avoriaz et où fait exploser tout le peloton. Magique. Quand il est descendu du bus pour cette fameuse interview, j’ai découvert la personne la plus gentille au monde (sans blague). Depuis ce jour on est ami et c’est pour moi une des plus belles rencontres que j’ai faite jusqu’à ce jour, et très certainement le moment le plus fort".

- Quels conseils donneriez-vous à des jeunes rêvant d'exercer le métier de journaliste sportif?

M.G : "Il faut oser. La chance est un élément très important dans ce métier, il faut être au bon endroit au bon moment. Mais la chance il faut savoir la provoquer aussi. Ne pas hésiter à aller vers les autres. Il faut aussi faire preuve de beaucoup d’humilité. Une fois que tout s’emballe, les choses peuvent aller très vite. Quand on arrive à entrer dans un milieu qui nous faisait tant rêver étant petit on peut vite se prendre pour le roi du monde. Il ne faut surtout pas oublier que d’autres sont passés par là avant nous et que c’est un métier où l’on apprend tous les jours. Donc il faut savoir rester à sa place, sans pour autant être transparent.

Ensuite, d’un point de vue beaucoup plus technique, je dirai qu’il faut lire. Lire des livres peut réellement aider à formuler de bonnes phrases, à enrichir son vocabulaire. Ca peut paraître bête mais c’est super important. Et avoir beaucoup de culture générale. Plus on pourra parler précisément d’un domaine (sport ou autre), mieux ce sera. Enfin, mon dernier conseil sera d’être souriant et poli. C’est la base".

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