Evra : reflet du mal-être des Bleus ?

Patrice Evra, latéral gauche de l'Équipe de France de football relance les chamailleries perpétuelles entre footballeurs, fédération et journalistes. Sur le plateau de Téléfoot (TF1), un titre de reportage évocateur : « Evra règle ses comptes ». Le ton est donné.

Nous pensions avoir atteint le point de non-retour avec les événements de Knysna lors de la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud. Mutinerie en règle (grève des joueurs), un combat dégradant par médias interposés. Tant de désillusions. Pour la première fois, le regard d'un enfant voit l'image de ses idoles écornée. Comment peut-on refuser de s'entraîner alors que tout un peuple croit en nous ? Facile de commenter quand on n'est pas dans le feu de l'action. C'est ce que reproche Patrice Evra aux journalistes, ces « quelques commentateurs qui parlent mal d'Evra » : avoir nourri la polémique. Voici un petit aperçu des déclarations de ces « clochards » et « parasites » selon lui :

A propos de Bixente Lizarazu :

«Je ne sais pas ce qu’il a contre moi. Dans ma carrière, j’ai été élu deux fois meilleur arrière gauche du monde et quatre fois meilleur arrière gauche de Premier League. Lui, je ne sais même pas s’il a été élu une fois meilleur arrière gauche du monde. Après, il a ses raisons… Quand je suis arrivé en équipe de France, c’est le seul joueur qui ne m’a pas serré la main. Je m’en souviens par ce que Thierry Henry était avec moi et lui avait dit : "Oh Liza, elle est là la relève." Et il l’avait regardé énervé en répondant : "Pourquoi ? On t’a dit que j’avais déjà pris ma retraite."»

A propos de Luis Fernandez :

«En 2008, je lui ai fait visiter Old Trafford, il était comme à Eurodisney. Quand on lui a donné les clés du PSG, à part sucer des Chupa Chups et danser la macarena au bord du terrain, je ne sais pas ce qu’il a fait.»

A propos de Pierre Menes :

«Lui, je n’ai pas envie de lui donner de l’importance. Mais j’espère un jour que je le croiserai car il a dit du mal de ma famille. On m’a rapporté qu’il m’avait dit que j’étais prêt à vendre ma mère pour revenir en équipe de France (…) Le jour où il arrivera à faire huit jongles, j’arrêterai ma carrière.»

Réponse de l'intéressé :

« Le jour où Evra fera une interview sans massacrer la langue française, j'arrêterai aussi ma carrière. #clubbacàsable”

A propos de Rolland Courbis :

«Comment il s’appelle déjà Rolland Tournevis (sic) ? Sur RMC, il ne fait que parler.»

Reportage TF1 - Téléfoot

Notre équipe nationale allait mieux. Les victoires éclatantes, contre l'Australie (6-0) et la Finlande (3-0) dans un second temps ont éclairci doucement le ciel des Bleus et poussé les vieux démons à des kilomètres. Karim Benzema, attaquant, objet d’inquiétudes, de sarcasmes et moqueries, avait enfin retrouvé le chemin des filets, après 1217 minutes de disette. Mais voilà, la France traîne ce vieux fardeau qui, ayant traversé l'océan Atlantique se réveille à la moindre incartade. Inutile de préciser que celle-ci -comme les commentaires désobligeants de journalistes qui sont sensés parler de football- est de trop. Dans ce cas précis, est-il nécessaire et louable de rétablir la vérité ? A n'importe quel prix ?

Les organismes du ballon rond français eux-mêmes sont en désaccord. Clic. La FFF incarnée par Didier Deschamps (sélectionneur) et Noël le Graët (président) convoque Patrice Evra pour lui faire des remontrances, expliquer ses déclarations. Clac. L'UNFP (syndicat des joueurs) se range derrière le « vilain Evra » grondé par la FFF. Quand ce déchaînement médiatique cessera-il ? Quand parlerons-nous de sport avant de débattre de polémiques et transferts à grandes échelles ?

76 % des français interrogés dans le cadre d'un sondage sur les Bleus prétendent que leur « désamour » des Bleus vient de Knysna- bien que cette parenthèse eut lieu il y a bientôt 3 ans- . Il apparaît donc qu'évidemment la blessure dans le cœur des français met du temps à se refermer. Il est de notre devoir d'être les adjuvants de sa cicatrisation et de pas la rouvrir au moindre prétexte.

En ce but, ne devrait-on pas arrêter d'épiloguer sur des thèmes sans réponse où les deux partis (journalistes et footballeurs) ne s'entendent pas ? Quand pourront, commentateurs et joueurs réunis, à nouveau oser dire « Quand notre passion devient la votre »? Moi, je veux à nouveau aimer mon équipe, et j'espère que le verbe « aimer la nouvelle équipe de France » ne se conjuguera pas au singulier...

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